Debt is never the problem, just the symptom of a deeper drama – Interviewed by L’Humanité (French)

L’économiste et ancien ministre grec des Finances analyse les ressorts profonds de la crise actuelle, et invite à réfléchir aux moyens de transformer l’Union européenne. ENTRETIEN.

À 59 ans, il a déjà vécu plusieurs vies. Universitaire né en Grèce et formé en Grande-Bretagne, enseignant dans plusieurs pays, Yanis Varoufakis fut conseiller économique du gouvernement grec, puis accepta le poste très exposé de ministre des Finances (2015) en pleine crise de la dette, avant de démissionner avec fracas. Depuis, celui qui se définit comme un « marxiste erratique » a fondé un mouvement politique, DiEM25, qui propose un « New Deal » européen.

Les niveaux de dette publique ont atteint des sommets historiques en Europe. Faut-il s’en inquiéter ?

YANIS VAROUFAKIS : La dette n’est jamais le problème. La dette n’est qu’un symptôme. Lorsque vous souffrez d’un cancer et que vous éprouvez de la douleur, vous n’incriminez pas la douleur, mais la maladie. Quel est le vrai problème, en l’occurrence ? C’est le capitalisme européen, et les déséquilibres qu’il crée. Jamais dans l’histoire de l’Europe, nous n’avions disposé d’autant d’argent, c’est-à-dire qu’il n’y a jamais eu autant de liquidités en circulation dans le système financier. Dans le même temps, en comparaison, vous avez le plus faible niveau d’investissement de l’histoire européenne. Ce faible niveau se traduit à la fois par une insuffisance de métiers de qualité et par une insuffisance de revenus pour la classe moyenne et les plus démunis. La BCE continue d’injecter de l’argent dans le système, ce qui ne fait qu’accroître les inégalités et réduire la demande et l’investissement pour des biens de qualité. C’est un cercle vicieux. Nous faisons face à une faillite totale du capitalisme européen, dont la dette n’est qu’une répercussion. Les gens qui se focalisent sur la dette le font à dessein, pour occulter la question du capitalisme.

Mais cela signifie-t-il pour autant que les niveaux de dette actuels ne représentent aucun problème ?

YANIS VAROUFAKIS: Souvenez-vous de 2010 : la Grèce faisait la une de tous les journaux d’Europe en raison de ses problèmes d’endettement. Aujourd’hui, cette crise a disparu des médias. Pourquoi ? Nous avons plus de dette en Grèce aujourd’hui qu’à cette époque. La seule raison pour laquelle vous n’en entendez plus parler, c’est parce que la troïka (Commission européenne, BCE et FMI – NDLR) et l’Eurogroupe ont décidé que ce n’était plus un problème ! À présent, la BCE achète de la dette grecque sur les marchés et tout est rentré dans l’ordre. Cela ne signifie absolument pas que la Grèce soit tirée d’affaire : la crise économique y s’est amplifiée, et le pays ne produit toujours pas assez de revenus nécessaires au bien-être de sa population et au remboursement de la dette. Gardez à l’esprit que la dette, encore une fois, n’est qu’un symptôme du mal.

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